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Développement personnelTransition sociale

Mobiliser notre créativité pour naviguer dans la tourmente

Écrit par 18 décembre 2020Pas de commentaires

Dans ce moment très particulier où la plupart d’entre nous se sent chahuté par les évènements, sans visibilité sur le lendemain, il est naturel d’être quelque peu envahis par la peur.  Face à la peur se déclenchent nos réflexes de survie, profondément ancrés dans nos cerveaux reptiliens. Les américains les appellent les 3 F – Fight (Agressivité) – Fly (Fuite) – Freeze (Figement). Or ces 3 comportements ne font guère avancer le schmilblic.

Dès lors, il devient urgent d’arriver à se décentrer de son angoisse. Pour cela, « traduire l’énergie de la peur en carburant » [1] nous dirait Julia Cameron, c’est-à-dire aller de l’avant. Canaliser notre imagination active pour contrecarrer notre imagination apocalyptique, être dans l’action. Tel le dauphin [2], plonger dans la vague plutôt que se laisser broyer par elle. Nietzsche dirait : « accepter le chaotique et le monstrueux et tenter un effort désespéré pour obtenir que le monde puise en soi la capacité de se transcender ».

Chercher sa propre étoile

Dans cette « crise existentielle » où les sens, dans les deux acceptions du terme (direction et signification), semblent se brouiller, revenir en soi chercher sa propre étoile. Car si « il faut porter en soi un chaos pour mettre au monde une étoile qui danse » selon Nietzsche, l’inverse pourrait bien être vrai : « porter en soi une étoile qui danse pour sortir du chaos » – et ainsi ré-accéder à sa puissance.

Cela ne passe-t-il pas par abandonner ce qui n’est pas essentiel, quitter le connu… (la fuite dans la consommation, la course à la carrière, l’enchaînement des tâches), lâcher nos habitudes et routines, arrêter de devoir et de vouloir… et se poser, lâcher-prise, s’abandonner dans le creux de la courbe du « U » [3] (voir la Théorie « U » d’Otto Scharmer), revenir au présent et aux sensations (Presencing), pour laisser venir ce qui émerge, écouter ses petites voies intérieures qui nous parlent de lieux de plaisir et d’accès à notre puissance naturelle, prendre le temps de suivre les hasards du moment, les rencontres fortuites, se mettre en état de « sérendipité ».

Réenchanter le quotidien

Réenchanter son quotidien, retrouver l’essence de soi, sa créativité, pour réactiver sa résilience et la faire devenir notre moteur du changement. Se reconnecter avec ce qui nous rend vivant, ce qui est dans notre « nature ». « La nature ne demande pas la permission quand il s’agit de naître et de fleurir. Faites comme elle. » Nous exhorte Clarissa Pinkola Estés [4].

Gabrielle Roth nous livre une belle histoire :
« Dans de nombreuses traditions chamaniques, si vous alliez voir un(e) chaman ou un(e) homme/femme médecine pour vous plaindre d’être découragé, abattu, ou déprimé, il aurait posé une de ces quatre questions.

Quand avez-vous arrêté de danser ?

Quand avez-vous arrêté de chanter ?

Quand avez-vous cessé d’être enchanté par les histoires ?

Quand avez-vous arrêté de trouver le réconfort dans le doux territoire du silence ?

Car lorsque nous avons arrêté de danser, chanter, être enchanté par les histoires, ou de trouver un réconfort dans le silence, c’est là que nous avons l’expérience de la perte de l’âme.

La danse, le chant, les contes et le silence sont les quatre baumes de guérison universels. »

A la lecture des 4 éléments

J’ajoute quelques clefs données par Bernard Leblanc Halmos [5] à l’aide des 4 éléments, dans lequel chacun-e peut trouver son bonheur :

  • Sa créativité Terre, symbole de fertilité, de fécondité. Pour revenir au réel et sortir de nos scénaris catastrophes infertiles : travailler avec ses mains (modelage, argile, sculpture, cuisine, jardinage, bricolage, construction…), pratiquer la danse primitive, la danse africaine, des danses folkloriques, concevoir des mises en scène ou chorégraphies, des montages…
  • Sa créativité Feu, symbole de passion, d’énergie. Pour se réchauffer, briser les chaînes, revenir à l’intensité du moment présent, embellir, décorer, fleurir, pratiquer le tango, la milonga ou le flamenco, pratiquer le « Kasala », pratiquer le théâtre d’impro, le clown…
  • Sa créativité Air, symbole de liberté et de légèreté. Pour sortir de la dépression, se ré-enchanter ou pour donner des ailes à notre imaginaire, retrouver l’inspiration : pratique d’un instrument de musique, du chant, écriture de fictions prospectives, collages abstraits, danser la valse, de la danse contemporaine…
  • Sa créativité Eau, symbole de fluidité et d’adaptation. Pour calmer la colère et retrouver le calme mental, laisser circuler, lâcher-prise : pratiquer des méditations dansantes, du taï-chi, danser des farandoles, pratiquer la danse contact improvisation, pratiquer l’écriture créative, chanter dans des Circle songs, se relier aux autres,…

Et, ne pas oublier dans ces processus d’« avoir un ami », comme le propose Luc de Brabandère. Un complice, à la fois soutien, aiguillon et témoin des petits pas accomplis. Se relier en tous cas, pour se sentir vivant… Et ainsi, pas à pas, sortir sa tête hors du tunnel, se ré-enraciner et ainsi se rassénérer.


[1] Julia Cameron, L’art pratique de la créativité : Le pèlerinage de l’être créateur – Editions du roseau
[2] Dudley LynchPaul Kordis, La stratégie du dauphin – Les Editions de l’Homme
[3] Otto Scharmer, La théorie « U » – L’essentiel – Edtions Yves Michel
[4] Clarissa Pinkola Estés, Femmes qui courent avec les loups – Editions Grasset
[5] Bernard Leblanc-Halmos, L’élan créateur – Editions l’Être image

Isabelle Jacob

Isabelle Jacob

Fondatrice d’Iris Créativité en 1996. Ma passion : pédagogie et créativité. Mes recherches actuelles se déploient sur les modèles du vivant transposés aux organisations, à l’éducation et aux personnes.

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